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UNION EUROPEENNE - AFRIQUE DE L'OUEST
DIAGNOSTIC STRATEGIQUE DE FILIERES AGRO INDUSTRIELLES - Cape Verde
 
 
Préparé pour : PRIMS - CDE pour le compte de la Commission européenne et de la CEDEAO
Le présent rapport, et la recherche que sa réalisation a impliqué, sont le travail de SOFRECO, France, assistée par une équipe de consultants locaux en Afrique de l'Ouest, dans le cadre du contrat signé entre SOFRECO et Metra Sofres Ltd au Royaume Uni.

Ce rapport a été élaboré avec l'aide financière de la Commission des Communautés Européennes. Les vues qui y sont exprimées sont celles du Consultant et ne sauraient en aucun refléter l'opinion officielle de la Commission.


TABLE DES MATIERES

1. Informations générales sur le pays..

1.1.  Chiffres clés de l’économie.

1.2. Contexte économique du développement

1.3. L’agriculture, l’élevage et la pêche dans l’économie

2. Filières agro-industrielles sélectionnées.

2.1. Filière fruits et légumes.

2.1.1. Généralités sur la filière

2.1.2. Données sur la production

2.1.3. Transformation locale, commercialisation et prix des produits.

2.1.4. Potentialités et contraintes

2.1.5. Besoins de partenariat

2.2. Filière pêche..

2.2.1. Généralités sur la filière.

2.2.2. Données sur les captures et sur les flottes de pêche.

2.2.3. Marché extérieur et transformation locale.

2.2.4. Potentialités et contraintes.

2.2.5. Besoins de partenariat

1. Informations générales sur le pays

1.1.  Chiffres clés de l’économie

Sources : BIRD

1.2. Contexte économique du développement

L’économie du Cap Vert est caractérisée par sa forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur, la prédominance des services et du commerce et la fragilité du secteur agricole. Les ressources naturelles sont rares. Le pays est d’ailleurs structurellement déficitaire en produits alimentaires.

Malgré ses faibles atouts économiques, le Cap-Vert est le pays le plus riche de l'Afrique sahélienne, grâce aux revenus de l'émigration et à l'aide internationale, qui représentent plus d'un tiers du PIB. Les progrès socio-économiques récents se sont traduits par une augmentation du revenu par habitant et par une diminution du taux de chômage, qui, même s’il reste élevé, s’est réduit graduellement (24,5% en juin 2001 contre 30,8 % en 1997).

Les transferts de fonds de la diaspora (environ 500 000 personnes expatriées), représentant un montant de 120 millions de dollars US en 2000, sont très importants pour le budget et pour l’économie réelle (soutien à la famille, à la consommation et aux investissements). Les apports de la diaspora se font essentiellement sous forme de dépôts bancaires, encouragés par un taux de rémunération incitatif (les banques prêtent à 13 ou 14% et rémunèrent à 10% les dépôts en escudos du Cap Vert ).

L’industrie agroalimentaire repose sur les brasseries, la production de sodas, de bonbons et de produits laitiers, ainsi que les conserveries de poissons. Les autres secteurs industriels sont très peu développés (peintures et vernis, tabacs, savons et produits pharmaceutiques). Les ports de Mindelo, sur l'île de São Vicente, et de Porto-Novo, sur l'île de Santo Antão, constituent des escales transatlantiques pour l'approvisionnement des navires en carburant. L'île de Sal abrite un aéroport international et abrite un certain nombre de complexes touristiques. Ce sont ces activités de service, ainsi que les transferts de la population émigrée, qui constituent le pilier de l’économie capverdienne.

1.3. L’agriculture, l’élevage et la pêche dans l’économie

Le potentiel de développement agricole est limité par des conditions climatiques arides et semi-arides et par la faible superficie des terres cultivables (environ 42 000 ha, soit moins de 10% de la surface totale). En dépit des aléas climatiques et des sols globalement peu productifs, l'agriculture constitue la première activité de l'archipel. Elle occupe plus de la moitié de la population active et contribue pour 15% au PNB.

Maïs, patates douces, haricots et manioc, cultivés dans les vallées plus humides, sont les principales cultures vivrières. Le café, la canne à sucre et les bananes sont cultivés, dans les zones irriguées, pour l'exportation. La balance agricole est cependant traditionnellement déficitaire. De fait, 80 à 90% des besoins alimentaires des îles du Cap Vert sont couverts par les importations et l'aide alimentaire internationale.

Le cheptel a considérablement augmenté au cours des dix dernières années. Il comprendrait actuellement 22 000 bovins, 110 000 caprins et près de 200 000 porcins. La part de l’élevage dans l’économie du pays est toutefois limitée et les besoins d’assistance technique, notamment en alimentation animale, sont importants.

La pêche maritime participe à hauteur de 2% au PIB et elle contribue à la rentrée de devises (entre un tiers et la moitié des recettes totales d’exportation). Sa contribution à la balance des paiements est en revanche assez négligeable. Le gouvernement ambitionne d’augmenter la part de ce secteur dans la couverture alimentaire de la population, part qui est déjà considérable puisque le poisson représente la première source de protéine avec une consommation annuelle qui s’élève à 20 kg par habitant.

En matière de politique de développement rural, le gouvernement poursuit la lutte contre la désertification, la préservation des ressources hydriques et la protection des sols. L’augmentation des revenus ruraux constitue également une priorité qui se traduira notamment par le développement de l’horticulture et de l’arboriculture fruitière, à partir de nouvelles espèces bien ciblées et une meilleure gestion du facteur eau (généralisation du système de goutte à goutte), avec pour objectif commercial l’écoulement de la production sur le marché intérieur.

2. Filières agro-industrielles sélectionnées

Malgré les contraintes hydriques et les difficultés de commercialisation liées à la configuration du pays, celui-ci présente un certain potentiel de développement pour les fruits et légumes, filière qui pourrait contribuer à limiter le déficit alimentaire du pays mais qui pourrait aussi se positionner sur des marchés de niche. Nous avons également choisi de retenir la filière pêche, dont le niveau d’activité est actuellement très en deçà du potentiel que présente ce secteur.

2.1. Filière fruits et légumes

2.1.1. Généralités sur la filière

La filière horticole et l’arboriculture fruitière mobilisent 7 à 8 000 familles à plein temps et représentent environ 8% du PIB du Cap Vert, pour un volume d’affaire de l’ordre de 40 millions d’euros par an. Les sous-secteurs des productions fruitières et maraîchères participent à hauteur de 60 à 70% au PIB généré par le secteur agricole.

L’eau constitue l’élément critique de la production agricole pluviale et la variabilité extrême de ce facteur engendre des productions pluviales très aléatoires et imprévisibles, et qui ne peuvent couvrir les besoins alimentaires de base de la population qu’à 20% en terme de calories. Les surfaces irriguées sont actuellement estimées entre 1 750 et 2 000 ha, pour un potentiel irrigable de l’ordre de 2 500 à 3 000 ha. Ces surfaces sont principalement concentrées sur les îles de Santiago et Santo Antão. Les cultures irriguées sont la canne à sucre (environ 900 ha, soit 50% des surfaces), les racines et tubercules, les fruits (la banane représente près de 160 ha) et les cultures maraîchères. Il s’agit d’activités à haut niveau technologique, très tournées vers le marché.

L’horticulture est pratiquée surtout en irrigué et dans une moindre mesure en pluvial, dans les zones plus humides et en altitude, avec des productions à cycle court (choux), des tubercules (patates douces, pommes de terre, manioc) et des arbres fruitiers (manguiers, goyaviers, tamariniers, vigne …). L’introduction du goutte à goutte représente la révolution technologique majeure des années 1990. Les rendements seraient très supérieurs pour une moindre consommation d’eau.

Répartition des productions horticoles selon le type de culture en 1999
 

Maraîchage

Tubercules

Fruits

 

superficie

(ha)

production[1]

(tonnes)

production

(tonnes)

superficie

(ha)

production[2]

(tonnes)

Culture irriguée

750 à 800

(2 cycles)

18 500

10 700

150 à 160

13 000

(dont 7 000 de bananes)

Goutte à goutte

120 à 125

-

75 à 80

Culture pluviale

*

8 400

*

* données manquantes

Source : Plan directeur arboriculture au Cap Vert, août 2001.

2.1.2. Données sur la production

Les principales productions maraîchères sont le chou (diverses variétés dont le chou pomme), la tomate, le poivron, l’oignon et la courge. La plupart de ces cultures ont vu leurs productions augmenter au cours des dernières années, ce qui est sans doute à mettre au crédit du système de goutte à goutte, particulièrement efficace : pour la tomate, les rendements en culture pluviale vont de 8 à 15 tonnes/ha, contre 30 tonnes/ha avec le goutte à goutte ; avec ce système, les rendements pour les choux passent de 18 tonnes/ha à 21 tonnes/ha.


Source : Plan directeur arboriculture au Cap Vert, août 2001.

La production maraîchère était traditionnellement concentrée sur la saison froide mais depuis quelques années elle s’est fortement étalée, permettant un approvisionnement régulier des marchés en produits frais. Cette évolution tient à divers facteurs, tels l’introduction de variétés plus adaptées (tomate et chou notamment), le développement de la micro-irrigation, les meilleures techniques culturales.

En ce qui concerne les racines et tubercules, la production a également augmenté, notamment pour la pomme de terre cultivée sous irrigation (+ 40% entre 1997 et 2000).

Niveaux de production des principaux tubercules en 2000 (en tonnes)
 

patate douce

manioc

pomme de terre

irrigué

3 700

3 500

3 500

pluvial

6 800

1 200

400

Source : Plan directeur arboriculture au Cap Vert, août 2001.

Les estimations des productions fruitières, basées sur le cadastre fruitier réalisé lors du recensement de 1988, sont très approximatives. Le recensement agricole 2001-2002 en préparation permettra une évaluation beaucoup plus précise. Globalement, on estime que la production fruitière actuelle se situe autour de 13 000 tonnes par an dont 6 500 à 7 000 tonnes de bananes. Les fruits tropicaux représentent environ 5 300 tonnes par an, dont 3 000 tonnes de mangues, 1 000 tonnes d’agrumes et 500 tonnes de papayes. Quelques fruits tempérés sont également cultivés, avec un total de 400 tonnes, dont 250 tonnes de raisins.

Les fruits produits à basse altitude (fruits tropicaux) et à altitude plus élevée (fruits tempérés) permettent d’approvisionner le marché local avec une gamme diversifiée de produits à des périodes différentes. De plus, d’autres fruits saisonniers, tels que la pastèque et le melon, sont produits toute l’année en culture irriguée. Enfin, l’étalement de la production fruitière est encore amélioré grâce à l’introduction de nouvelles variétés (manguier, avocatier, agrumes).

2.1.3. Transformation locale, commercialisation et prix des produits

Les circuits de commercialisation des produits horticoles au Cap Vert sont courts, avec deux ou trois intervenants tout au plus entre le producteur et le consommateur (acheteur/collecteur, transporteur/grossiste, revendeuse). Les flux inter-îles s’opèrent essentiellement par voie maritime mais le suivi statistique est difficile car la nature et l’origine des produits ne sont pas clairement répertoriées lors des transits portuaires. Il semble cependant que les quantités de produits horticoles envoyés de Santiago vers les autres îles aient pratiquement doublées au cours de la dernière décennie. Les principaux destinataires sont les îles de Sao Vicente et Fogo.

Le Cap Vert a durant longtemps exporté de faibles tonnages de bananes vers le Portugal, plaçant le pays parmi les Etats ACP exportateurs traditionnels. Ces ventes à l’extérieur ont totalement cessé depuis 1993, en partie du fait de la mauvaise qualité du produit. En 1996, l’UE et le gouvernement du Cap Vert décidaient la mise en œuvre d’un important « Programme de Relance de la Filière Bananière d’Exportation ». Ce Programme avait pour objectif l’exportation vers l’Europe de bananes sous label « biologique ». Le programme s’est avéré riche d’enseignement du point de vue agronomique (introduction des vitroplants, généralisation du goutte à goutte, nouvelles techniques culturales…), mais les tentatives d’exportation se sont malheureusement soldées par des échecs (problèmes de transports, compétitivité et qualité incertaines des bananes capverdiennes). Les autorités privilégient dorénavant les besoins du marché intérieur, non satisfaits par la production locale.

En effet, le Cap Vert importe chaque année 2 000 à 2 500 tonnes de fruits, principalement des pommes et des agrumes, et un peu plus de 11 000 tonnes de légumes et tubercules dont 6 500 à 7 000 tonnes de pommes de terre et environ 1 500 tonnes d’oignons. En 2001, les importations cumulées en légumes et fruits représentaient plus de 766 millions d’ECV (environ 7 millions d’euros). Les consommations de légumes, tubercules et fruits sont respectivement estimées à 42 kg, 54 kg et 24 kg par personne et par an. La demande totale devrait être quasiment doublée, particulièrement en tubercules et légumes, au cours des 15 à 20 prochaines années.

La comparaison des prix montre que depuis 1997 l’offre globale en produits horticoles tend globalement à correspondre à la demande voire à la dépasser. En 2000, les écarts des prix moyens pratiqués sur les différentes îles et évalués par rapport aux prix moyens pratiqués à Praia montrent que Santa Antão est de ce point de vue l’île la plus avantageuse (prix inférieur de 22 points à Ribeira Grande et de 10 points à Porto Novo) tandis que Sal (+34 points) et dans une moindre mesure Sao Vicente (+14 points) sont parmi les moins bien loties. De même, la variabilité intra-annuelle des prix des produits horticoles a globalement baissé au cours des 10 dernières années pour se stabiliser dans la zone des 15%. Cette évolution générale est sans doute liée à une meilleure répartition de la production au cours de l’année et à une meilleure distribution entre les marchés.

La transformation des fruits et légumes est principalement de type artisanal. Le gros de la production est réalisé au niveau familial. Quelques groupes organisés en coopératives ou en associations tentent cependant de structurer et de formaliser une production. C’est le cas sur les secteurs traditionnels de la production d’alcool (eau de vie et liqueurs, notamment à Santa Antão), des confitures et des purées de fruits (groupe de femmes à San Filipe) et plus encore sur les créneaux innovants tels celui de la vinification des raisins à Fogo (caves de Chã das Caldeira ; projet à Achada Grande), et bientôt peut-être celui des bananes et fruits séchés à Santa Antão. Le marché local ainsi que les restaurants et hôtels de tourisme (en particulier à Sal) offrent des débouchés rémunérateurs.

2.1.4. Potentialités et contraintes

Outre le manque d’eau, d’autres facteurs tels que le morcellement des exploitations, les techniques de production, le système de commercialisation et les difficultés d’accès au crédit sont autant de contraintes qui limitent la production de fruits et légumes.

Les tentatives d’exportation de la banane biologique, qui se sont soldées par des échecs, ont montré combien les contraintes du transport maritime n’étaient pas maîtrisées et combien les exigences qualitatives internationales étaient difficiles à respecter quand les volumes traités sont faibles. Ces difficultés ont naturellement contribué à démobiliser les opérateurs nationaux, lesquels n’étaient déjà pas très enthousiastes, privilégiant le marché national tout aussi rémunérateur et bien moins contraignant.

De ce point de vue, l’augmentation de la consommation individuelle, la croissance de la population et le développement prévisible du secteur touristique sont autant de facteurs qui contribueront à accroître les débouchés futurs pour la production des fruits et légumes. Les ressources naturelles (terre et eau) sont néanmoins limitées et les traditions agricoles restent pesantes (prépondérance de la canne à sucre pour la production d’alcool). De même, les capacités de conservation, les transports intra et inter-îles et la distribution en général méritent d’être améliorés.

La quarantaine sanitaire, en raison de problèmes phytosanitaires (infestation de milpes), de l’île de Santa Antão, grosse productrice de fruits et légumes, complique un peu plus la situation. La transformation de la production fruitière (séchage des bananes notamment) est une option pour sortir l’île de son relatif isolement et exploiter au mieux son potentiel. La production de fruits séchés est envisagée ailleurs (raisins secs à Fogo). Et bien d’autres potentialités sont également suggérées soit à partir des légumes (jus de tomate, sauces, etc.) soit à partir des fruits (jus de fruits, sorbets, purées, confitures).

La vinification à Fogo mérite sans doute un accent particulier. La progression de la production à la cave de Chã das Caldeira est  impressionnante.

Production de vin à Chã das Caldeira
 

1998

1999

2000

Nombre de producteurs

7

19

28

Quantité traitée (kg de raisins)

4 100

24 500

35 700

Quantité produite (litres de vin)

2 000

12 000

21 000

Source : Programme d’appui filière vin.

Les professionnels affirment en outre que les débouchés ne sont pas saturés. Il y aurait selon eux place pour une deuxième coopérative de production similaire à celle de Chã das Caldeira et susceptible d’améliorer et de fédérer les efforts des producteurs de Achada Grande (y compris Corvo et Relva).

2.1.5. Besoins de partenariat

Le besoin de partenariat est surtout manifeste au niveau technique pour maîtriser les techniques de production (sélection variétale, vitroplants, extension du goutte à goutte…), pour développer la transformation (vinification à Fogo, séchage des fruits) et pour améliorer la qualité visuelle, gustative et sanitaire des produits (notamment pour le marché des restaurants et hôtels touristiques). Toutefois, les aspects commerciaux et financiers sont également importants. L’existence de débouchés tangibles et opportuns accéléreraient sans aucun doute l’éclosion d’une filière fruits séchés à Santa Antão.

2.2. Filière pêche

2.2.1. Généralités sur la filière

La création du Ministère de la Mer, en janvier 1995, marquait la priorité du gouvernement en faveur du développement du secteur de la pêche. Le nouveau ministère œuvrait avec deux organismes au niveau central : la DGP (Direction Générale des Pêches) et le CEP (Cabinet d’Etudes et de Planification), et deux institutions autonomes : le FDP (Fonds de Développement des Pêches) et l’INDP (Institut National de Recherche Halieutique). Les grands axes d’intervention qui figuraient au IVème Plan National de Développement (1997-2000) sont toujours d’actualité : gestion équilibrée des ressources halieutiques, appui au développement du secteur privé et renforcement institutionnel.

Selon les estimations de la FAO, le secteur de la pêche employait 13 500 personnes en 1995 et induisait environ 15 000 emplois supplémentaires dans le secteur secondaire. La pêche représente une source de revenus pour les populations les plus démunies. Le poisson est également une source importante de protéine animale et son prix est plus avantageux que celui des viandes.

La vaste Zone Economique Exclusive du Cap Vert (734 265 km²) est caractérisée par de grandes profondeurs. Le plateau continental est assez étroit. Cette configuration, associée à la nature volcanique des îles, à l’absence de cours d’eau se déversant dans la mer et à la rareté des pluies, ne favorise pas la prolifération de biomasse. En définitive, les eaux de l’archipel, situées de surcroît sous l’influence des vents du nord-ouest et des courants froids des Canaries, présentent une production primaire plutôt limitée. Le potentiel des captures est estimé à environ 40 000 tonnes par an.

Potentiel des captures dans la ZEE du Cap Vert
 

Potentiel

(tonnes)

Capture maximale

(tonnes)

année de réalisation

Grands pélagiques

25 000

3 901

1991

Petits pélagiques

7 500 à 9 500

4 899

1998

Démersaux

4 200 à 6 200

1 450

1997

Langoustes

90 à 115

106

1992

Source : rapport FAO sur le développement des pêches, 2001.


2.2.2. Données sur les captures et sur les flottes de pêche

a. Les captures

Les thonidés constituent une ressource importante. Il existe deux flottilles.

Ø      La flotte industrielle, plutôt obsolète et peu productive, principalement basée à Mindelo, capture surtout le listao et l’albacore à l’appât vivant. Ses captures de thonidés se sont élevées à 1 742 tonnes en 2000.

Ø      Les flottes artisanales, qui restent près des côtes, pêchent l’albacore à la ligne ainsi que divers autres thonidés (thazard bâtard, petits thonidés...).

Captures par espèces et par types de pêche (en tonnes)
 

thons

poissons pélagiq.

poissons démers.

langoust.

autres

TOTAL

pêche artisan.

pêche indus.

1995

3656

3403

1008

60

368

8495

4547

3948

1996

3682

3757

1253

29

434

9155

4912

4243

1997

3200

4414

1450

25

538

9627

4920

4707

1998

2869

4899

1150

27

515

9460

5242

4218

1999

4154

4463

1079

35

640

10371

5968

4403

2000

3936

4823

1314

29

719

10821

6977

3844

Source : INDP, bulletin statistique n°9.

Les captures de petits poissons pélagiques côtiers (chinchards…) sont également importantes. Ces poissons sont traditionnellement destinés à la consommation locale et à la fourniture d’appâts vivants pour les thoniers canneurs capverdiens. Il n’y a pas longtemps, une partie des prises était encore exportée comme appât pour les palangriers étrangers basés à Las Palmas mais les pays d’Amérique latine sont maintenant plus compétitifs, d’autant que la qualité des produits capverdiens posait problème.

En ce qui concerne les prises de poissons démersaux (mérous, sars, murènes…), les flottilles artisanales de l’ensemble des îles pratiquent surtout la ligne de main sur fond rocheux. Par ailleurs le N/O Islandia, en dehors des campagnes de recherche, conduisait également une pêche commerciale au chalut de fond, principalement sur les fonds meubles du Banc de Boa Vista.

Quant aux langoustes, il coexiste une pêcherie industrielle relativement bien connue et une pêcherie artisanale dont l’activité est difficile à appréhender. La première pêche au large à l’aide de casiers sur des fonds de plus de 150 mètres. Elle livre des langoustes roses aux centres touristiques de l’archipel et pour l’exportation. Les pêcheurs artisanaux (évalués à 400 selon la FAO) opèrent quant à eux surtout en plongée (bouteilles, narguilé) en quête de langoustes côtières (langouste verte, langouste brune et cigale), surtout destinées aux restaurants et hôtels touristiques et accessoirement à l’exportation. Les prises seraient de l’ordre de 35 tonnes par an. La ressource semble avoir été surexploitée et même avoir à peu près disparue dans certains secteurs (île de Sal).

b. Structure et caractéristiques des flottes

En 2000, la flottille de pêche artisanale se composait de 1 257 embarcations (chiffre en retrait par rapport aux années antérieures), longues de 4 à 6 mètres, avec une moyenne de 3 à 4 pêcheurs par embarcation (moyenne des prises annuelles : 5 500 kg par embarcation et 1 629 kg par pêcheur). L’île de Santiago, qui assure un tiers des prises, concentre 40% des effectifs de la pêche artisanale nationale. La productivité des pêcheurs de Mindelo est supérieure : ces derniers participent à près de 25% de la pêche artisanale avec seulement 10% de la flotte (117 embarcations). En 2000, 73% des embarcations artisanales étaient équipées d’un moteur.

Le nombre des embarcations de la pêche industrielle n’a pas sensiblement varié ces dernières années (75 unités – plutôt vétustes – de 7 à 22 mètres en 2000) et la flotte locale ne s’est pas non plus renouvelée. Elle est constituée de thoniers canneurs, de langoustiers et de senneurs qui utilisent la canne et l’appât vivant dans la capture des thonidés, des sennes tournantes pour les petits pélagiques et des casiers pour les langoustes profondes. La flottille est majoritairement domiciliée dans la région « barlavente » (île principale : São Vicente). On relève pareillement la meilleure productivité des professionnels de Mindelo, qu’elle soit exprimée en terme de prises par jour de mer ou en terme de captures par embarcation. Pour l’ensemble de la flotte industrielle du pays, on relevait les performances suivantes pour l’année 2000 :

Ø      797 kg de produits halieutiques pêchés par jour de mer ;

Ø      51,3 tonnes de produits halieutiques par navire et par an.

A coté de la flotte nationale, des navires étrangers ont licence pour opérer dans la ZEE du Cap Vert. En effet, le Cap Vert a renouvelé en juin 2001 ses accords de pêche avec l’Union européenne. Il reçoit en contrepartie une compensation financière dont la dernière dotation de 2,04 millions d’euros s’étale sur 3 ans (de juillet 2001 à juin 2004). Il a en outre signé des accords de pêche avec les pays voisins (Sénégal, Guinée, Guinée Bissau, Mauritanie et Angola).

2.2.3. Marché extérieur et transformation locale

a. Les exportations

Les prises de la flotte industrielle étaient, jusqu’à une période récente, presque entièrement exportées.

Sources : INDP / Douanes.

Le déclin des exportations observé au cours des années 1990 a été accentué par la fermeture du marché européen au pays en 2000 pour cause d’absence de contrôle sanitaire. L’embargo sur les produits halieutiques capverdiens est toujours en vigueur depuis cette date. Le gouvernement cherche actuellement à relancer les exportations par la mise en place de mesures d’incitation, le renforcement du contrôle sanitaire et de la capacité institutionnelle de protection de la ZEE, ainsi que l’adaptation de la législation aux nouvelles exigences internationales. Les tentatives de redéploiement des ventes vers l’Afrique de l’Ouest et les Etats-Unis, qui sont annoncées par les intervenants de la filière, ne semblent pas vraiment concluantes.

Le marché européen (en particulier l’Espagne et le Portugal) constituait le débouché traditionnel des exportations halieutiques du Cap Vert. Les quantités exportées en 2000 et en 2001 vers ce marché ne sont toutefois plus qu’une fraction de ce qu’elles ont été.

Exportations de produits halieutiques en 2001,
en volume et en valeur, selon la destination
 

Volume

Valeur

ECV/kg

en kg

en %

en ECV

en %

Portugal

22 696

34%

1 355 497

9%

59,7

Sénégal

9 360

14%

9 954 399

66%

1 063,5

Espagne

34 190

51%

2 945 548

20%

86,2

Etats-Unis

799

1%

744 876

5%

932,3

TOTAL

67 045

100%

15 000 320

100%

223,7

Source : Service des Douanes.

Les langoustes apparaissent comme les produits halieutiques les mieux valorisés : en 1998, elles représentaient seulement 1% du total en quantité exportée mais 39% en valeur. De la même façon, les 9,4 tonnes exportées vers le Sénégal en 2001, constituées principalement des langoustes, représentent 66% de la valeur déclarée tandis que les 56,4 tonnes exportées vers l’Espagne et le Portugal pèsent moins de 30% en valeur (il s’agit essentiellement d’appâts écoulés vers Las Palmas).

b. Les opérateurs et la transformation locale

L’appareil industriel est principalement constitué de conserveries dont certaines ont dû fermé depuis l’interdiction des exportations vers l’UE.

Production des conserveries

Année

1996

1997

1998

1999

Tonnes

332

372

284

237

Source : INDP.

On dénombre actuellement quatre entreprises de traitement des produits de la mer  qui opèrent à terre :

Ø      SUCLA (Soc. Ultramarina de Conservas, Lda) à Tarrafal (île de à São Nicolau) ;

Ø      FRESCOMAR (Luso-Cabo Verdiana de Conservas SA) à Mindelo ;

Ø      SALSESIMBRA, Lda à Palmeira (île de Sal) ;

Ø      J.A. Nascimente à Santa Maria (île de Sal).

La première à São Nicolau et la dernière à Santa Maria traitent du poisson frais et pratiquent le filetage et la conserverie, principalement ou exclusivement pour le marché national. Les deux autres sont essentiellement tournées vers les marchés extérieurs, vendant de la langouste vivante ainsi que du poisson frais et congelé, principalement vers l’Europe. Ces entreprises subissent donc depuis 2000 les contrecoups de l’embargo.

En 2000, le chiffre d’affaire cumulé des trois entreprises les plus importantes était de l’ordre de 200 millions d’ECV (2 millions d’euros). Toutes ces sociétés postulent pour une mise à niveau des installations en vue d’obtenir l’agrément pour l’exportation vers l’UE. Le cas de l’unité sise à Santa Maria est particulier. Elle est installée sur des terrains convoités, dans une zone à vocation touristique, depuis longtemps désertée par les pêcheurs. De plus, ses équipements sont vétustes. Le propriétaire envisage le déménagement de l’unité vers la zone voisine de La Palmeira.

Par ailleurs, il existe une usine récente à Mindelo pour la mise en boite d’anchois, usine au financement de laquelle la BEI a participé. Ce projet a toutefois échoué en raison d’une gestion peu professionnelle.

2.2.4. Potentialités et contraintes

a. La pêche maritime

Le potentiel de production est globalement 3 à 4 fois supérieur aux captures actuelles. Toutefois, la flotte nationale est vétuste et peu productive. Les industries de congélation et de transformation connaissent des difficultés en terme de productivité et de qualité sanitaire, mais elles sont toutes volontaires pour la mise à niveau et impatientes de récupérer l’agrément pour les exportations vers l’Union européenne. Le déménagement de l’unité de J.A. Nascimente (Santa Maria) pourrait même être une opportunité pour créer une unité résolument moderne et productive.

La commercialisation inter-île reste difficile et les facilités de transport pour l’exportation sont pareillement mesurées. Les infrastructures portuaires ont été rénovées ou vont être rénovées : construction du quai de pêche à Mindelo ; construction de petits quais de pêche dans les îles de Santiago, Santo Antão et São Nicolau ; extension des ports de Boavista et Maio.

Des mesures et incitations fiscales ont également été prévues en matière d’investissements pour les entreprises dans les domaines de la capture, de la transformation et de la commercialisation. La révision de la législation est engagée concernant les licences de pêche et la mise en place de mécanismes en vue du renforcement de la fiscalisation est prévue. Cependant, il existe des contraintes liées aux faibles qualifications de la profession, au mauvais circuits de distribution et de commercialisation et au système de contrôle et de surveillance peu efficace.

b. Le cas de l’aquaculture

Le gouvernement du Cap Vert, via l’INDP et dans le cadre de la coopération avec la Chine, avait exploré ces dernières années un projet d’aquaculture, avec l’élevage de bivalves et de poissons à haute valeur commerciale ainsi que la mise en place d’un « Centre d’appâts vivants ». Le programme n’a malheureusement pas été concluant, en raison des difficultés techniques, organisationnelles et par manque de moyens.

Le maintien en stabulation de juvéniles de petits pélagiques (chinchard) posait des problèmes techniques, mais surtout la rentabilité économique n’était pas confirmée. En ce qui concerne les bivalves, deux espèces présentaient quelques potentialités (Creassostrea gigas et M. smargdinus). Des larves et des juvéniles avaient été obtenus en captivité, mais les essais d’élevage en mer ont échoué.

Il semble qu’à ce jour, comme en décembre 1999, les inconnues restent nombreuses, que ce soit au niveau des possibilités réelles d’élevage, de la maîtrise des techniques, des risques écologiques ou encore des aspects socio-économiques.

2.2.5. Besoins de partenariat

Investissements, modernisation, formation sont sans doute les maîtres mots en ce qui concerne la flotte locale, en vue d’augmenter tout à la fois l’effort de pêche et la productivité. Ces objectifs sont aussi tout particulièrement d’actualité pour les usines à terre dont le besoin de partenariat est aussi bien technique (conduite des usines), que commercial (débouchés) et financier.

[1] Principalement en culture irriguée.

[2] Principalement en culture pluviale, sauf pour la banane.